Depuis longtemps, les études médicales mettent en évidence la corrélation entre la solitude et les troubles mentaux. Ce que l’on sait moins, c’est que l’isolement est également néfaste pour la santé physique.


 

Les « cœurs fragiles » plus sensibles à l’isolement social

Lors du congrès de la Société européenne de cardiologie du 9 juin dernier à Dublin (EuroHeartCare), Anne Vinggaard Christensen, étudiante en doctorat de santé publique de l’université de Copenhague (Rigshospitalet) a présenté de curieux résultats.

À partir d’une étude portant sur 13 000 personnes âgées en moyenne de 65 ans sorties de l’un des cinq services de cardiologie du Danemark entre avril 2013 et avril 2014, la chercheuse a montré que la solitudepouvait doubler la mortalité dans l’année qui suivait leur hospitalisation !

Et ce, qu’il s’agisse d’une solitude réelle objectivement mesurable par l’absence de tissu relationnel, ou d’un sentiment ressenti.


Les femmes plus protégées

Chose étonnante : l’étude a aussi montré que les hommes étaient plus sensibles que les femmes à l’isolement. Chez les femmes seules, le doublement de la mortalité dans l’année suivant une hospitalisation en cardiologie n’était pas observé.

S’appuyant sur des études sociologiques, la chercheuse danoise a émis l’hypothèse que pour les hommes, l’épouse était souvent le principal rempart contre la solitude alors que les femmes avaient souvent davantage d’autres personnes que leurs époux pour les entourer.


La solitude subie, un poids pour l’âme et pour le corps

Ce qui est sûr, c’est qu’une solitude subie favorise les troubles mentaux comme l’anxiété, la dépression ou les maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, chez les hommes comme chez les femmes.

Mais elle affecte aussi la santé physique. En 2003, unneuroscientifique de l’université de Chicago, John Cacioppo, a montré qu’une solitude prolongée altère le fonctionnement des hormones de stress, l’immunitéet la fonction cardiovasculaire, ce qui expliquerait le risque aggravé de mortalité précoce.

Pour lui aussi, c’est la manière dont est ressentie la solitude qui joue le rôle décisif, plus que son degré objectivement mesurable.

En France, près de 10 % de la population souffrirait de ce mal-être, ce qui en fait une véritable question de santé publique.