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Aidant 24 février 2026

La quête de reconnaissance : un processus qui peut conduire au surengagement de l'aidant 

Nous aborderons dans cet article des processus inconscients plus subtils et plus personnels qui peuvent se greffer sur la charge de l'aidant, en l'amenant à faire toujours plus, toujours mieux, toujours seul... au risque de s'épuiser ou de se sacrifier.

Dans le premier temps de cette série d'article consacrée à «Ces facteurs qui alourdissent la charge des aidants», nous avons évoqué le rôle de l'engagement émotionnel.

Puis nous avons spécifiquement envisagé le devoir moral et les normes sociales comme facteurs influents sur la charge de l'aidant lorsque l'interprétation personnelle en est trop rigoureuse. 

La quête de reconnaissance 

L'un de ces schémas inconscients est la quête de reconnaissance de la part du proche aidé. 

Le cœur de ce mécanisme est la croyance qu'il faut aider pour être aimé, reconnu ou estimé. 

Inconsciemment, la tentative de reconstruire un lien affectif fragile, absent ou jamais pleinement acquis, se joue à travers la relation d'aide. 

La vulnérabilité du proche aidé ouvre alors une fenêtre de réécriture du lien. 

Il s'agit pour l'aidant de soigner une blessure silencieuse. 

Cette blessure est singulière, propre à chacun. 

Elle peut s'enraciner dans l'enfance autour :

  • d'un manque de considération ou d'expression affective de la part du parent,
  • du sentiment qu'un autre enfant de la fratrie était préféré, 
  • du souvenir d'avoir été comparé, relégué ou éclipsé,
  • de critiques répétées ou d'une non-reconnaissance des efforts de l'enfant, ayant installé la conviction de ne jamais être à la hauteur...

 

Mais la blessure silencieuse peut aussi s'ancrer à l'âge adulte dans la relation de couple autour :

  • du sentiment pour l'un des partenaires d'occuper un rôle secondaire,
  • du manque de reconnaissance de l'un envers l'autre,
  • de l'effacement de l'un au profit de l'autre sur la scène sociale,
  • de l'exercice exclusif du pouvoir décisionnel ou financier par l'un des partenaires,
  • de choix de vie imposés par l'un et subis par l'autre...

 

La situation de vulnérabilité de l'un des partenaires peut alors conduire l'autre à vouloir :

  • compenser ou réparer ce qui a, ou n'a pas été fait,
  • se faire pardonner ou se racheter,
  • retrouver une place perdue ou jamais acquise,
  • être (enfin) reconnu comme indispensable...

 

Le poids des attentes implicites

Dans tous les cas de figure que nous avons évoqués (qui ne sont que des exemples, loin d'être exhaustifs),  la relation d'aide peut devenir un espace de rattrapage, de compensation ou de rachat.

Ce n'est pas un problème en soi.

Le lien qui se recrée ou se transforme entre l'aidant et l'aidé peut même constituer une phase de vie particulièrement gratifiante, susceptible de faire évoluer la relation passée et d'ouvrir à une redécouverte de soi et de l'autre. 

Nombreux sont les aidants qui témoignent d'une qualité de relation avec leur proche qui n'existait pas dans le passé, qu'il s'agisse d'une relation filiale ou conjugale. 

Cela ne devient problématique que lorsque la quête de retour affectif devient le moteur exclusif du rôle d'aidant. 

Bien que sincère et bienveillante, l'aide apportée se charge dans ce cas d'attentes fortes. 

Elle est motivée par la nécessité intérieure 

  • d'obtenir des marques d'affection ou de reconnaissance,
  • de (re)trouver une place importante aux yeux du proche aidé,

 

ou 

  • de tenter de réparer la relation passée.

Propulsée par ce moteur puissant, l'énergie de l'aidant semble sans limites. 

Dans cette configuration, toute mise à distance du rôle d'aidant, toute limite dans l'engagement ou toute délégation des tâches paraît inenvisageable.  

Lorsque ses attentes ne sont pas satisfaites, l'aidant éprouve naturellement de l'amertume, de la frustration ou un sentiment d'injustice... le conduisant à donner et faire toujours plus dans l'espoir d'obtenir ce qu'il attend dans une boucle sans fin. 

L'aidant devient dépendant d'une réponse de l'aidé, toujours incertaine et souvent vécue comme décevante.

La quête de reconnaissance est profondément humaine : elle traverse toutes nos relations personnelles et exprime notre besoin fondamental de considération, d'attention, d'affection, de valorisation. 

Identifier le point de bascule – celui où une attente légitime de gratitude glisse vers une dépendance inconsciente à cette attente  – permet à l'aidant de se protéger du piège insidieux du surinvestissement émotionnel. 

Prendre conscience de ses propres motivations 

Lorsque l'aidant réalise qu'il fait beaucoup pour son proche, mais que les remerciements, la reconnaissance ou le mouvement du cœur attendus sont rares ou absents, le constat est douloureux. 

La même déception se répétant au fil des jours, un mal-être s'installe de façon durable.  

Mettre à jour et exprimer intimement ce qui motive l'aide apportée peut permettre de redimensionner son engagement. 

Espérer aujourd'hui le geste ou le mot qui n'ont pas existé dans le passé est souvent une illusion que l'on s'épuise pourtant à chercher à atteindre. 

Accepter cette réalité n'enlève rien à la valeur de l'aidant ni à la qualité de son engagement. 

Cela permet en revanche de gagner une liberté intérieure et un mieux-être. 

On peut alors apprendre à :

  • faire le deuil du passé et accepter que certaines reconnaissances ne viendront jamais, 
  • construire une relation d'aide dont la gratification vient de soi-même et non de l'autre,
  • se reconnecter à ses propres besoins et reconnaître qu'il est légitime de  les faire valoir,
  • trouver un équilibre entre engagement pour l'autre et préservation de soi,
  • reconsidérer la relation d'aide comme un espace d'échange actualisé dans le présent et non comme une forme de rachat du passé. 

 

Ainsi l'aidant peut progressivement transformer son rôle en un engagement conscient et libre d'attentes illusoires : 

► Si la reconnaissance vient, elle est alors comme un cadeau, une surprise que l'on n'attendait pas.

► Si elle reste absente, elle ne conduit plus à la frustration ou au sentiment d'échec. 

L'aide apportée conserve tout son sens et gagne en maturité relationnelle. Elle ne s'alourdit plus de la dépendance émotionnelle à la reconnaissance de l'autre. 

L'aidant découvre alors qu'il peut être pleinement présent pour son proche, tout en respectant  ses propres besoins et limites. 

ARTICLES N° 158 et 159: La Maison des Aidants® Association Nationale / ANPERE

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