La politique monétaire
La lutte contre l’inflation occupe une place centrale dans le fonctionnement de nos économies modernes. À sa tête, on trouve un acteur au rôle majeur : la banque centrale. Véritable « banque des banques », elle gère les règlements interbancaires et assure la stabilité du système financier. En zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) coordonne, au sein de l’Eurosystème, les banques centrales nationales pour atteindre un objectif prioritaire : garder les prix stables, ou du moins modérément croissants (autour de 2 % par an).
La BCE dispose, pour accomplir son mandat, d’une batterie d’instruments pour intervenir sur les marchés financiers et l’économie. L’ensemble de ses actions constitue la politique monétaire. L’instrument le plus connu et le plus utilisé est « le taux directeur ». Il s’agit, pour faire simple, du taux d’intérêt auquel la banque centrale prête et emprunte auprès des banques commerciales, sur des durées très courtes (souvent, d’une semaine).
Le taux directeur est crucial. Il agit comme un taux plancher à l’ensemble des taux en vigueur dans l’économie. Si une banque commerciale emprunte un million d’euros auprès de la banque centrale, à 2 % par an, alors elle ne vous prêtera en général pas en deçà de 2 %. Elle cherche, bien sûr, à faire une marge pour financer son fonctionnement. En faisant varier son taux directeur, la banque centrale influe sur l’ensemble des taux des nouveaux crédits consentis aux acteurs économiques. Si les taux d’intérêt sont plus élevés, alors ces acteurs (ménages et entreprises) demanderont moins de prêts : certains projets ne seront plus rentables, ou trop risqués… Autrement dit, il y aura moins de crédits, donc moins de monnaie en circulation. S’il y a moins de monnaie en circulation, les prix baissent ! Et vice versa.
Il existe d’autres canaux par lesquels le taux directeur influence les prix. Un taux d’intérêt directeur plus élevé fait, entre autres, baisser le prix des titres financiers comme les obligations, par exemple.
Exemple
Imaginons que Michel achète une obligation, un titre de dette, qui rapporte 3 % par an, au prix de 100 €. Supposons qu’un an plus tard, les taux d’intérêt augmentent, et que les nouvelles obligations rapportent 4 % par an. Du coup, l’obligation de Michel, pour être en mesure de distribuer un coupon équivalent à 4 %, va voir son prix diminuer et passer de 100 € à 75 € (3 € / 4 %)
Cela provoque un « effet richesse » : les investisseurs, ayant perdu en patrimoine, souhaitent le reconstituer, et sont donc moins incités à consommer. Ils réduisent la demande, et donc provoquent une pression à la baisse sur la croissance et les prix. L’inverse se produit si la banque centrale réduit son taux directeur.
Politique budgétaire et cadre légal
La banque centrale n’est pas le seul acteur impliqué en faveur de la lutte contre l’inflation. L’État, via sa politique budgétaire et son cadre légal (code du travail, accords internationaux…), participe également de la dynamique des prix.
Bien qu’il soit impossible de dresser une liste exhaustive, voici quelques pistes qui ont été explorées pour lutter contre l’inflation au cours de l’histoire économique contemporaine, avec plus ou moins de succès :
- L’innovation : en augmentant la productivité (des travailleurs et du capital), l’innovation permet de produire plus de biens et de services, et à moindre coût. L’offre étant ainsi élargie, les prix sont moins élevés.
- Le gel et la désindexation des salaires sur l’inflation. L’un des cercles vicieux de l’inflation est la boucle prix-salaires : si les prix sont plus élevés, les salariés exigent une augmentation de salaire pour conserver le pouvoir d’achat, voire obtiennent une hausse automatique via l’indexation d’un point d’indice. Or, la hausse des salaires induit une hausse de coûts de production, donc une hausse des prix, et ainsi de suite. Pour sortir de cette boucle, une possibilité est de la casser, au détriment des salariés, en gelant momentanément les salaires.
- La réduction des dépenses publiques. Moins de fonctionnaires, moins d’investissements et moins de prestations sociales, c’est indirectement moins de consommation, donc moins de demande ! Évidemment, cette politique n’est pas sans conséquences économiques et sociales.
- Le renforcement de la concurrence, qui oblige les entreprises à baisser leurs marges, et donc les prix de vente. C’est une solution privilégiée par la majorité des économistes, mais cela met les entreprises sous pression.
- La facilitation du commerce international, qui permet aux consommateurs d’accéder à des produits moins chers et de meilleure qualité. Le risque est de voir une partie de son tissu de production détruit par la concurrence étrangère.
- Les plafonnements des prix, solution simple, mais qui provoque souvent des pénuries, et le développement d’un marché noir.
Il existe donc un large éventail de possibilités pour lutter contre l’inflation, mais souvent avec des contreparties fortes pour certains acteurs (particuliers et/ou entreprises). Prévenir l’inflation est ainsi bien moins douloureux que d’en guérir.