L’inflation, donc l’augmentation générale des prix, peut avoir plusieurs origines, qui parfois se combinent.
L’inflation par la demande
L’augmentation générale des prix peut résulter de l’augmentation de la demande en biens et services. Lorsque l’offre (créée par les entreprises) ne peut s’adapter assez rapidement à une nouvelle demande (créée par les ménages et l’État), les prix augmentent car le bien ou le service devient plus rare. Autrement dit, sur le court terme, ce sont les prix qui font office de variable d’ajustement, et les entreprises peuvent augmenter leurs marges. Sur le long terme, les entreprises se concurrencent, embauchent, construisent des nouvelles usines, et ajustent ainsi la quantité de biens et services, permettant d’abaisser les prix.
L'augmentation de la demande peut avoir différentes sources : plus fortes dépenses publiques (augmentation des prestations sociales), diminution des taux d’intérêt, apparition d’un nouveau besoin...
Exemple
Les masques chirurgicaux, durant la pandémie du Covid-19, ont connu une hausse de prix très forte. À court terme, l’industrie pharmaceutique n’a pu s’adapter à cette demande massive. Le prix moyen d’un masque a atteint alors 62 centimes d’euro en mai 2020. Plus tard, les prix des masques ont retrouvé leur niveau initial : soit 13 centimes d’euro, preuve de l’ajustement de l’offre et dans une certaine mesure, du reflux du besoin.
La baisse de l’offre : par exemple des mauvaises récoltes de blé qui impactent le prix de la farine et de tout ce qui contient de la farine (pâtes, pain...)
L’inflation par les coûts
L’augmentation des coûts de production, causée par exemple par la raréfaction d’une matière première ou d’un bien de production, peut également être une source d’inflation. Cette raréfaction peut avoir de multiples origines : catastrophe naturelle, guerre, pandémie, instabilité politique... Pour maintenir leurs marges, les entreprises vont répercuter cette augmentation des coûts de production sur le prix final.
Exemple
La guerre en Ukraine a causé une augmentation du prix du baril de pétrole lors du début du conflit (la Russie étant un grand fournisseur). Le prix d’un baril de pétrole Brent est passé de 95,8 $ le jour de l’invasion de l’Ukraine (22/02/2022) à 128,87 $ le 8 mars 2022. Cette hausse s’est répercutée sur les prix des biens et services en France et en Europe.
L’inflation de dépréciation
On l'a vu, l’inflation peut être due à l’augmentation des coûts des biens et services, parfois importés. La valeur de la monnaie d’un pays joue en fait un rôle majeur. Si la monnaie se déprécie (perd en valeur), alors les prix des biens importés augmentent. À l’inverse, si la monnaie s’apprécie (gagne en valeur), alors les prix des biens importés baissent.
Exemple
Supposons que vous importiez des ordinateurs depuis la Chine. En Chine, un ordinateur est vendu 5000 yuans, et est importé en France pour 500 €. Supposons que la valeur de l'euro chute par rapport au yuan. L’ordinateur, qui coûte toujours 5000 yuans en Chine, est maintenant importé pour 550 €. L’ordinateur a donc subi une inflation de 10 %.
Cette hausse du prix de l’ordinateur impacte indirectement tous les autres biens et services. Aujourd’hui, toutes les entreprises doivent acheter ou renouveler leurs ordinateurs pour gérer leurs productions, leurs ressources humaines, leur comptabilité... Autrement dit, toutes les entreprises françaises voient leurs coûts de production augmenter, et les répercutent sur les prix de leurs produits. Une inflation sur un produit spécifique peut ainsi provoquer une inflation généralisée.
L’inflation monétaire
L'augmentation des prix peut être due à une hausse de la quantité de monnaie en circulation dans l'économie. C’est en fait l’idée principale défendue par plusieurs écoles de pensée économique, notamment le « monétarisme ». Pour ces économistes, la quantité de monnaie en circulation est le principal déterminant du niveau des prix. Pour Milton Friedman, chef de file de cette école, l’inflation « est partout et toujours un phénomène monétaire ». Plus il y a de monnaie en circulation, plus les prix augmentent.
Exemple : Si dans l’économie A il y a 1000 € en circulation pour 10 ordinateurs que les ménages souhaitent acheter, et que dans l’économie B il y a 5000 € en circulation pour 10 ordinateurs, alors le niveau des prix sera plus important dans l’économie B. Les ménages de l’économie B, plus « riches », seront prêts à payer plus cher pour acquérir chacun des produits. La valeur de chaque euro, en termes de pouvoir d’achat effectif, est donc plus faible. Si l’on distribuait 10 000 € de plus aux ménages, alors les prix augmenteraient, sans que cela n’ait d’effet sur la quantité de biens disponible.
L’inflation peut donc avoir de multiples sources, et il est parfois difficile d’estimer l’importance de chacune d’entre elles. Chaque période économique fait face à ses risques d’inflation : les années 50 connaissaient une très forte demande, les années 70 subissaient des chocs pétroliers… Aujourd’hui, de multiples risques peuvent être envisagés : pandémies, guerres commerciales, conflits armés, intensification des catastrophes naturelles… Pour les pouvoirs publics, identifier ces risques est la première étape pour y faire face, et ainsi déployer les bons outils pour empêcher une inflation qui peut se révéler destructrice. La banque centrale, par exemple, adaptera sa politique monétaire en conséquence pour accélérer ou ralentir l’investissement et la consommation.