Le plaidoyer pour les aidants 2023, réalisé par le collectif Je t'Aide avec la participation d'aidant.es et de structures dédiées aux aidant.es, s'intitule cette année


  «Articulation des temps de vie des aidant.es – Enjeux et solutions».

 

Il propose une vision large de ce thème en intégrant à cet enjeu non seulement :

  • les aidants en activité professionnelle (60 à 70 % des aidants),
  • mais aussi les jeunes aidants (scolaires ou étudiants qui représenteraient 4 à 5% des aidant.es),
  • ainsi que les aidants retraités (23% des aidant.es).

 

Une vision élargie, qui distingue les temps de vie que traverse l'aidance :

  • la jeunesse,
  • la vie professionnelle
  • et la retraite...

 

rappelant ainsi que les aidants se répartissent dans ces trois époques de la vie, avec les impacts particuliers liés à chacune. Ces impacts seront par exemple :
 

  • Pour les jeunes aidants: des choix d'orientation souvent conditionnés par leur situation, ainsi que la difficulté à concilier études et rôle d'aidant et le sentiment de se sentir en décalage par rapport aux jeunes de leur âge...

 

  • Pour les aidants actifs : parfois une double journée, souvent la crainte de parler au sein de l'entreprise de son rôle d'aidant, absentéisme, restriction d'accès au congé de proche aidant (*)...

 

  • Pour les aidants retraités : une charge qui ne leur permet pas de bénéficier du temps de repos mérité qu'est censé offrir la retraite, une pension parfois impactée par des trimestres manquants du fait de la nécessité de s'arrêter de travailler plus tôt que prévu...

 

A ces temps chronologiques de la vie, le collectif Je t'Aide ajoute un autre temps, qui peut être transversal à tous les autres : celui de la post-aidance.

Ce temps qui commence quand prend fin le rôle d'aidant.e (du fait du décès ou de l'entrée en établissement du proche aidé), est souvent un moment marqué par le constat :

 

  • de la perte de santé qui découle du temps passé à aider,

 

  • du sentiment de vide que laisse d'un seul coup «trop» de temps libre, que l'on ne sait plus comment occuper car on perdu la notion de «temps pour soi».

 

C'est pour le collectif Je t'Aide, un temps qui nécessiterait aussi des formes d'accompagnement spécifiques.

 

En filigrane de ce thème central de l'articulation des temps de vie, le plaidoyer souligne l'accentuation pour les femmes de la difficulté de concilier leur rôle d'aidante avec les autres aspects de la vie.

Il est souligné par exemple que dans la situation de parent aidant d'un enfant, 40 % des mères cessent leur activité, contre 5 % des pères.

De même les femmes sont plus souvent concernées par la «multi-aidance» (le fait d'aider plusieurs proches en même temps).

 

Le plaidoyer rappelle que si le cadre légal a évolué depuis 2020, apportant quelques améliorations à la vie de certains aidants, il reste cependant très insuffisant pour couvrir les besoins multiformes de l'ensemble de la population aidante.

De même, si la question de la prise en compte des aidant.es au sein de l'entreprise a progressé, ce sont surtout les grandes organisations qui mettent en place des politiques de soutien. Ailleurs, le sujet reste tabou, quand il n'est pas le plus souvent méconnu.

 

Le plan ambitieux «Agir pour les Aidants» n'a été que très partiellement mis en œuvre.

Pour pallier les manques, les aidant.es prennent «sur eux» et supportent de manière particulièrement accentuée des problèmes tels que l'isolement social et différentes formes de précarité.

 

Face à toutes ces difficultés, ici très résumées, le collectif formule des propositions transversales pour tous les aidant.es, et spécifiques pour certaines catégories d'aidant.es.

Parmi les propositions phare qui concernent tous les aidants, le collectif demande aux pouvoirs publics :

 

  • De mettre en place une politique interministérielle dédiée aux aidants et d'en faire une grande cause nationale.

 

  • De renforcer le soutien aux proches aidés, afin de soulager la charge des proches aidants. Cela passe par l'augmentation des moyens dédiés aux structures et aux professionnel.les de la santé, du social et du médico-social.

 

  • De rendre effectif le droit au répit par le développement et la diversification des solutions de répit, tout en limitant le reste à charge qu'occasionne le recours à ces solutions...

 

  • D'engager des études nationales pour mesurer l'impact de l'aidance dans notre société et d'adapter les solutions aux enjeux représentés par cette question, qui peine toujours à obtenir une attention à la hauteur de son importance...

 

Ajoutons en conclusion que la DRESS a publié une étude en mai 2023 : «Les proches aidants, typologie d'une population hétérogène». Cette étude à caractère statistique, destinée à être suivie d'autres études d'approfondissement, souligne que parmi les aidants :

 

  • 24 % sont les plus impactés
  • 29 % sont moyennement impactés
  • 47 % moins impactés.

 

Sans entrer dans le détail de cette étude, nous retiendrons tout de même que 53 % des aidants sont très à moyennement impactés par leur rôle ... et que les 47 % les moins impactés ne sont pas nécessairement figés dans ce moindre impact, les situations étant souvent évolutives.

 

Preuve s'il en était encore besoin que les proches aidants représentent bien un enjeu de société que la JNA s'attachera encore cette année à mettre en lumière.

Nous dédierons notre prochain article à la couverture des événements de cette journée, qui rappelons-le a lieu depuis 2010 tous les 6 octobre.

  

(*)  le congé de proche-aidant ne prévoit pas les situations autres que l'aide à un proche âgé ou handicapé, excluant ainsi les aidant.es d'une personne malade.

 


 ARTICLES N° 116 et 117: La Maison des Aidants® Association Nationale / ANPERE