La question sociale des aidants gagne en importance, au point qu'un plan gouvernemental «Agir pour les aidants» a été annoncé en octobre 2019, puis reporté «sine die» du fait de la crise sanitaire qui a suivi de près cette annonce. Cependant cette connaissance du rôle joué par les aidants, et surtout le fait de se reconnaître soi-même comme aidant, sont à relativiser. Le «baromètre des aidants», publié par la fondation April apporte chaque année depuis 2015 un éclairage spécifique sur la façon dont cette thématique évolue. 


Qu'est ce qu'un aidant ?

Bien que n'ayant pas un statut à proprement parler, l'aidant se définit par son rôle :

L'aidant est la personne qui vient régulièrement en aide,  à titre non professionnel, à une personne de son entourage qui ne peut effectuer seule tout ou partie des activités de la vie quotidienne. Cette aide peut prendre plusieurs formes : activités domestiques, gestion du budget, hygiène et soins, soutien moral, aide à la communication... Elle peut être prodiguée pour une période plus ou moins longue, de façon ponctuelle ou permanente. L'aidant peut être le parent, l'enfant, le conjoint, le partenaire de vie, mais aussi un voisin, un ami. La personne aidée peut être une personne âgée, malade ou handicapée, un adulte ou un enfant.

 

On en parle de plus en plus, mais...

Les échantillons de population intérrogés par l'institut de sondages BVA, partenaire de la fondation April pour le «baromètre des aidants», montrent que 48 % des français connaissent désormais le terme «aidant». Parmi les personnes interrogées qui sont elles-mêmes aidantes, seules 4 sur 10 se reconnaissent comme telles. 

A contrario 6 aidants sur 10 n'ont donc pas conscience de la particularité de leur rôle auprès de leur proche malade, âgé ou handicapé. Ils considèrent comme allant de soi, normal ou naturel d'apporter au proche fragilisé toute l'aide nécessaire.

Cette donnée n'a rien d'anodin car cette non-reconnaissance par soi-même de son rôle d'aidant a des conséquences importantes, parmi lesquelles on peut citer :

 

  • le risque de ne pas mettre de limites entre sa propre vie (personnelle, sociale etc.) et l'aide apportée au proche,
  • le moindre recours à des aides extérieures,
  • les renoncements multiples : loisirs, vacances, soins de santé, sommeil, vie professionnelle... de la personne qui aide,
  • le sentiment d'isolement (*): la personne aidante perd progressivement ses contacts sociaux, amicaux, familiaux, absorbée entièrement par l'aide prodiguée à son proche.

Tous ces éléments ont un impact négatif et présentent un risque pour la santé physique et mentale de l'aidant, particulièrement lorsque l'aide apportée s'inscrit dans la durée.

(*) A signaler ! Le thème de la prochaine journée nationale des aidants, le 6 octobre 2021, sera précisément celui de l'isolement social des aidants.  

 

Comment évolue les situations d'aidance ?

Plusieurs points sont à souligner pour comprendre l'évolution des situations qui amènent à être un jour aidant : 

  • On assiste à la montée en nombre des enfants aidants de leurs parents âgés. Ils représentent aujourd'hui 58 % des aidants.
  • Un autre élément remarquable est l'augmentation du pourcentage des aidants qui soutiennent plus d'une personne. Ils sont désormais 39 % dans ce cas.
  • Enfin ils sont 62 % à avoir une vie professionnelle (**).

Il est probable que ces tendances soient destinées à augmenter dans le futur : le vieillissement de la population se poursuivant, les situations d'aide à un ou plusieurs ascendants âgés, tout en étant professionnellement actif seront plus nombreuses.

Le «baromètre des aidants» relève d'ailleurs l'augmentation des situations d'aide à des grands-parents (18 % actuellement, contre seulement 12 % en 2019).

 

(**)A signaler ! Le congé de proche aidant indemnisé, destiné aux aidants en activité,  est le seul point du plan «Agir pour les aidants» à ce jour mis en œuvre.

 

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Aidantes et aidants

 

Le rôle d'aidant concerne aujourd'hui un français sur quatre, soit environ 20 % de la population française.  La grande majorité des aidants (80 %) a moins de 65 ans.

Une majorité d'aidants sont des aidantes : 58 %.

Le pourcentage d'hommes aidants est de 42 %.

Leur part n'est certes pas négligeable, mais l'on sait cependant, par diverses études, que plus l'aide nécessaire au proche aidé est importante, et plus ce sont les femmes qui investissent le rôle d'aidante.

Parmi les 16 % d'aidants qui consacrent plus de 20 heures hebdomadaire à l'accompagnement d'un proche, les ¾ sont des femmes.

Il faut donc garder à l'esprit que sous une apparente répartition à peu près équitable hommes aidants/femmes aidantes, se dissimule en réalité une forme d'assignation aux femmes du rôle d'aidante dans les situations les plus difficiles.  

 

Peu à peu, le schéma de ce que l'on appelle aujourdh'ui «l'aidance» se modifie :

  • rajeunissement de la population des aidants (***),
  • augmentation des situations d'aide à des membres de la famille âgés,
  • de plus en plus de situations où il faut gérer de front vie familiale avec enfants à charge, vie professionnelle et soutien aux proches.

 

(***) A signaler! Parmi les aidants, toujours selon le «baromètre des aidants», 13 % ont entre 15 et 24 ans.

Des initiatives de la société civile et de la silver-économie

Face au phénomène de l'aidance et à ses répercussions, la société civile tente d'apporter des réponses. C'est ainsi que les caisses de retraite, les caisses de retraite complémentaire, la MSA, les institutions de prévoyance et bien d'autres acteurs institutionnels mettent en place des actions de soutien aux aidants.

D'autres actions s'adressent aux entreprises, dans le cadre de leur responsabilité sociétale afin de les aider à soutenir leurs salariés-aidants.

Dans le domaine de la santé, ce sont souvent des hôpitaux qui mettent en place des actions de soutien aux proches de malades.

De grandes associations telles que France Alzheimer, France Parkinson, l'APF et bien d'autres s'adressent, chacune dans leur champ de compétences, aux aidants des personnes atteintes par la maladie.

 

Du côté de la silver-économie (l'économie du vieillissement), des start-up innovent en investissant le créneau économique de l'aide aux aidants. La remise des trophées «SilverEco 2020» témoigne de la vitalité de ce secteur qui a bien compris que les nouveaux aidants seront de plus en plus demandeurs de solutions, souvent appuyées sur des technologies, pour prendre soin  de leurs proches sans s'épuiser.

 

En effet, le baromètre des aidants indique bien que, par ordre d'importance, les grandes difficultés rencontrés par les aidants sont :

 

  • le manque de temps,
  • la complexité des démarches administratives,
  • la fatigue physique liée à l'aide apportée.

 

Des solutions visant à soulager ces points névralgiques ont toutes les chances d'être accueillies favorablement... Mais leur financement peut aussi poser question puisque 48 % des aidants appellent de leur vœux une aide publique financière et/ou matérielle.

 

Ils sont pratiquement unanimes à trouver que les pouvoirs publics ne valorisent pas assez le rôle d'aidant. L'attente de la mise en œuvre du plan «Agir pour les aidants» conserve donc toute son acuité.


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 ARTICLE N° 59 ET N° 60   La Maison des Aidants® Association Nationale / ANPERE