Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 a été définitivement adopté le 16 décembre dernier. Le texte a instauré de nombreux changements, notamment en matière de retraites. Le plus important et le plus emblématique d’entre eux est, sans nul doute, celui de la suspension de la réforme des retraites de 2023, dite « réforme Borne » (car portée par la Première ministre de l’époque, Élisabeth Borne).
Suspension temporaire de la réforme Borne
Le PLFSS 2026 (la loi n’a pas encore été promulguée à l’heure où nous écrivons ces lignes) prévoit une mise en pause de la dernière réforme des retraites. Celle-ci a mis en œuvre initialement un recul de l’âge légal (l’âge minimum de départ à la retraite) de 62 à 64 ans, au rythme de trois mois par an à compter des personnes nées à partir du 1er septembre 1961 et jusqu’aux personnes nées à partir du 1er janvier 1968.
Le Budget de la Sécurité sociale pour 2026 met en place un gel d’un an de l’augmentation progressive de l’âge légal pour les générations nées en 1964 et au 1er trimestre 1965. Concrètement, les assurés nés entre le 1er janvier et le 31 décembre 1964 auront la possibilité de partir à la retraite à 62 ans et 9 mois, au lieu de 63 ans. Même chose pour ceux nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965, alors qu’ils auraient dû pouvoir liquider leurs droits seulement à compter de 63 ans et 3 mois.
Pour l’heure, le rythme d’allongement reprendra à partir de la génération née le 1er avril 1965. L’âge légal à 64 ans va ainsi s’appliquer à compter des personnes nées à partir du 1er janvier 1969, au lieu de celles nées à partir du 1er janvier 1968 (voir tableau ci-dessous).
| Date de naissance | Âge légal avec la réforme Borne | Âge légal avec la suspension temporaire de la réforme Borne |
| Avant le 1er septembre 1961 | 62 ans | 62 ans |
| Du 1er septembre 1961 au 31 décembre 1961 | 62 ans et 3 mois | 62 ans et 3 mois |
| Du 1er janvier au 31 décembre 1962 | 62 ans et 6 mois | 62 ans et 6 mois |
| Du 1er janvier au 31 décembre 1963 | 62 ans et 9 mois | 62 ans et 9 mois
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| Du 1er janvier au 31 décembre 1964 | 63 ans | 62 ans et 9 mois |
| Du 1er janvier au 31 mars 1965 | 63 ans et 3 mois | 62 ans et 9 mois
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| Du 1er avril au 31 décembre 1965 | 63 ans et 3 mois | 63 ans |
| Du 1er janvier au 31 décembre 1966 | 63 ans et 6 mois | 63 ans et 3 mois
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| Du 1er janvier au 31 décembre 1967 | 63 ans et 9 mois | 63 ans et 6 mois
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| Du 1er janvier au 31 décembre 1968 | 64 ans | 63 ans et 9 mois
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| À partir du 1er janvier 1969 | 64 ans | 64 ans |
La réforme Borne a également mis en place une accélération de l’allongement de la durée d’assurance (le nombre de trimestres de cotisation requis pour toucher une retraite sans décote), instaurée par la précédente réforme des retraites de 2014. Elle devait augmenter d’un trimestre par an (au lieu d’un trimestre tous les trois ans prévu par la réforme Touraine) à compter des assurés nés le 1er septembre 1961 pour atteindre 172 trimestres (43 ans de cotisation) dès la génération née en 1965 (au lieu de celle née en 1973).
Le PLFSS 2026 gèle là aussi temporairement l’augmentation de la durée d’assurance pour les assurés nés en 1964 et ceux nés au 1er trimestre 1965. Ils devront justifier de seulement 170 trimestres pour les premiers et 171 trimestres pour les seconds pour percevoir une retraite sans minoration, contre 172 trimestres prévus initialement (voir tableau). Les 43 ans de cotisation seront exigés à partir de la génération née en 1966, au lieu de la génération née en 1965.
| Date de naissance | Durée d’assurance avec la réforme Borne | Durée d’assurance avec la suspension temporaire de la réforme Borne |
| Du 1er janvier au 31 août 1961 | 168 trimestres | 168 trimestres |
| Du 1er septembre 1961 au 31 décembre 1962 | 169 trimestres
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169 trimestres |
| Du 1er janvier au 31 décembre 1963 | 170 trimestres
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170 trimestres
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| Du 1er janvier au 31 décembre 1964 | 171 trimestres
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170 trimestres
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| Du 1er janvier au 31 mars 1965 | 172 trimestres
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170 trimestres
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| Du 1er avril au 31 décembre 1965 | 172 trimestres
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171 trimestres
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| À partir du 1er janvier 1966 | 172 trimestres
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172 trimestres
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Amélioration des droits des mères
Le PLFSS 2026 instaure plusieurs améliorations des droits à la retraite des mères de famille. La première porte sur leur mode de calcul. Les retraites de base des femmes, comme celles des hommes, sont calculées dans le secteur privé sur la moyenne des 25 meilleures années de salaires.
Les retraites de base liquidées à partir du 1er janvier 2026 seront calculées sur la moyenne des 24 meilleures années de rémunération pour les mères d’un enfant et sur la moyenne des 23 meilleures années pour les mères de deux enfants et plus. Ce nouveau mode de calcul devrait se traduire par une augmentation du montant de la pension de base pour la moitié des femmes qui partiront à la retraite à compter de 2026, selon le gouvernement.
Par ailleurs, les trimestres de cotisation attribués au titre de la maternité, de l’adoption et de l’éducation seront pris en compte, à compter du 1er septembre 2026, pour la retraite anticipée pour carrière longue (RACL). Ce dispositif permet aux actifs, qui ont commencé à travailler jeune et qui ont tous leurs trimestres, de partir plus tôt à la retraite. Deux trimestres par enfant seront pris en compte à partir de la rentrée scolaire prochaine, ce qui devrait permettre aux mères d’accéder plus facilement à la RACL.
Enfin, les mères fonctionnaires se voient octroyer deux trimestres pour les enfants nés depuis le 1er janvier 2004 (quatre trimestres par enfant né avant cette date), contre huit trimestres par enfant pour les salariées et les indépendantes du privé. Pour réduire cette iniquité, elles bénéficieront d’un trimestre supplémentaire pour les enfants nés depuis 2004.
Refonte du cumul emploi-retraite
Le cumul emploi-retraite (CER) permet aux retraités de cumuler leurs pensions de vieillesse et un revenu d’activité. Aujourd’hui, ce cumul est intégral si le retraité a disposé de tous ses trimestres lorsqu’il est parti à la retraite. Dans le cas contraire, le montant cumulé des pensions et du revenu d’activité ne peut excéder un plafond qui dépend de l’ancien statut professionnel du retraité. Si le plafond est dépassé, la retraite de base est réduite à due proportion.
À compter des retraites liquidées à partir du 1er janvier 2027, ce ne sera pas le nombre de trimestres validés qui sera pris en compte pour le CER, mais l’âge de départ à la retraite. Si le départ a lieu avant 64 ans, la retraite de base sera diminuée du revenu d’activité. Entre 64 et 67 ans, les pensions et les revenus d’activité pourront être cumulés jusqu’à un seuil qui devrait être fixé à 7.000 euros par décret (quel que soit l’ex-statut professionnel du retraité). Avec un départ après 67 ans, le retraité sera autorisé à cumuler intégralement ses retraites et son revenu d’activité. On l’aura compris, les nouvelles règles du CER seront moins avantageuses.
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