Avec un taux d'épargne de 18,7 % au deuxième trimestre 2025 d’après l’Insee, les Français semblent incapables de desserrer les cordons de la bourse. Un chiffre qui dépasse largement les niveaux d'avant le Covid-19 et témoigne d'un changement profond dans le rapport des ménages à l'argent. Pour comprendre ce phénomène durable, cinq chercheurs de la Banque de France (BDF) ont mené l'enquête dans une étude publiée le 5 février 2026.
Quand la précarité pousse à constituer un matelas de sécurité
Premier facteur identifié : l'instabilité croissante des revenus professionnels. Entre la multiplication des contrats précaires et l’essor du travail indépendant, les Français font face à des revenus de plus en plus fluctuants.
Résultat : ils épargnent par précaution, constituant une réserve pour amortir d'éventuels coups durs. Cette épargne de précaution reflète une transformation du marché du travail où la stabilité de l'emploi ne va plus de soi.
L'inflation, ennemie de la consommation mais alliée de l'épargne
La deuxième explication réside dans une mutation de la structure même des revenus des ménages. En 2022 et 2023, années marquées par une inflation galopante atteignant respectivement 4,9 % et 7 %, les revenus du capital ont connu une croissance bien supérieure à celle des salaires. Le Livret A, indexé sur l'inflation, et les produits d'épargne comme les comptes à terme (CAT) ou les fonds en euros de l'assurance vie ont bénéficié de la hausse des taux directeurs imposée par la Banque centrale européenne (BCE) pour juguler la flambée des prix.
Le réflexe anti-inflation qui s'éternise
Troisième raison, directement liée à la précédente : pour protéger leur pouvoir d'achat face à l'érosion monétaire, les Français ont massivement épargné pendant la période inflationniste. Mais une fois l'inflation revenue à 2,2 % dès 2024, ils n'ont pas réinjecté ces gains dans la consommation. L'argent reste bloqué, comme si le traumatisme de la hausse des prix avait durablement modifié les comportements.
L'angoisse du lendemain, moteur d'une épargne défensive
La quatrième et dernière explication tient en un mot : l'incertitude. Depuis la pandémie, les crises se sont enchaînées sans répit. Guerre en Ukraine, retour de l'inflation, turbulences politiques nationales, imprévisibilité de la politique commerciale américaine : autant de sources d'inquiétude qui poussent les ménages à se prémunir. Dans un contexte où l'avenir paraît indéchiffrable, l'épargne devient un refuge psychologique autant qu'économique.
Au final, l'écart de 3,6 points de pourcentage qui sépare le taux d'épargne actuel de celui d'avant le Covid illustre une méfiance devenue structurelle. Loin de se dissiper avec le retour d'indicateurs économiques plus favorables, cette prudence s'ancre dans les habitudes, pesant notamment sur la consommation tricolore.
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