Nos compatriotes ont rarement autant épargné. Comme le souligne un article mis en ligne 24 février 2026 par la Direction de l’information légale et administrative (DILA) rattachée à Matignon, ils mettent davantage de côté que leurs voisins européens.
Selon les dernières données de l’office européen des statistiques Eurostat citées par la DILA, le taux d’épargne (c’est-à-dire la part des revenus non consommés) atteint 17,93 % en France, contre 15,17 % dans la zone euro et même 14,54 % en prenant en compte l’ensemble des pays de l’Union européenne (UE). Sur le 27 États membres de l’UE, seuls la Suède (18,36 %), la Hongrie (18,64 %), Malte (18,82 %), la Tchéquie (19,86 %) et l’Allemagne (20,04 %) affichent des taux d’épargne plus élevés.
La baisse de la fiscalité
Face à ce constat, les services du Premier ministre avancent plusieurs explications. L’épargne est traditionnellement tirée par les revenus. Plus on gagne de l’argent et plus on a tendance à thésauriser. D’après les statistiques de la Direction générale du Trésor, 1 point de pourcentage de revenu disponible supplémentaire engendre seulement 0,4 point supplémentaire de consommation, ce qui signifie que 0,6 point est mis de côté. Or, le pouvoir d’achat des Français augmente (+ 2,6 % en 2024, + 1 % en moyenne par an entre 2010 et 2019).
Cette hausse du niveau de vie s’explique par la baisse de fiscalité. Sous l’effet de la suppression de la taxe d’habitation et de l’application de la « flat tax » à 30 % (portée à 31,4 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, hormis pour l’assurance-vie et l’épargne logement) pour les revenus du capital à la place de l’imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu, le taux des prélèvements obligatoires est passé de 45,3 % en 2017 à 42,8 % en 2024.
La hausse des rendements
La hausse des taux directeurs instaurée par la Banque centrale européenne (BCE) pour juguler la forte inflation engendrée par la flambée des prix de l’énergie à la suite de l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes a également incité les Français à épargner. Elle a entraîné, en effet, une augmentation des taux d’intérêt plus ou moins calqués sur les taux de la BCE deslivrets d’épargne, des comptes à terme (CAT) et des fonds en euros de l’assurance-vie, des placements sécurisés très appréciés par nos compatriotes. Les ménages ont alors voulu profiter de ces rendements élevés.
Mais l’importante hausse des prix subie de 2021 à 2023 a eu une autre conséquence : comme l’inflation réduit le rendement net des placements, les Français ont eu tendance à thésauriser davantage pour maintenir la valeur réelle de leur épargne. D’autant que l’inflation « ressentie » est souvent plus élevée que l’inflation réelle. En d’autres termes, les ménages ont l’impression que l’augmentation des prix est plus conséquente qu’elle ne l’est dans les faits.
Le contexte anxiogène
Enfin, « le contexte budgétaire peut également avoir pesé sur la consommation et avoir poussé l'épargne à la hausse », estime la DILA. En prévision de possibles hausses d’impôt (qui, au final, n’ont pas eu lieu), les contribuables ont mis de l’argent de côté. Se pose maintenant la question de savoir si le haut taux d’épargne des Français va perdurer.
La baisse des taux de la BCE rend les placements moins attractifs, ce qui pourrait relancer la consommation. Elle permet également de réduire les taux d’intérêt des crédits et ainsi relancer les projets immobiliers des ménages. L’allongement de l’espérance de vie devrait finir par engendrer une « désépargne ».
Si les retraités consomment moins que les actifs et épargnent donc davantage, ils doivent, à un certain âge, financer des services à domicile (aide-ménagère, livraison de repas…), voire une place dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Des dépenses élevées qui les obligent à puiser dans leur bas de laine.
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