Tous les retraités ne seront pas logés à la même enseigne au 1er janvier 2027. Pour réaliser 5,5milliards d’euros d’économies, le gouvernement mise sur une revalorisation des retraites de base modulée selon le montant de la pension globale (retraites de base et complémentaireconfondues).
Présenté le 1er octobre 2026 en Conseil des ministres, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 prévoit ainsi de préserver les retraités les plus modestes, tandis que les autres verraient leur pension de base augmenter moins vite que l’inflation, voire ne pas être revalorisées du tout.
Une revalorisation intégrale jusqu’à 1 265 euros de pension globale
Le montant de la pension globale prise en compte sera apprécié au 31 décembre 2026 en additionnant les retraites de base, les retraites complémentaires ainsi que, le cas échéant, les pensions de réversion versées aux veufs et veuves.
Les retraités dont la pension globale est inférieure à 1 265 euros par mois (l’équivalent de 85% du Smic net) bénéficieront d’une revalorisation intégrale de leur retraite de base en fonction de l’évolution des prix à la consommation (hors tabac) constatée par l’Insee entre novembre 2025 et octobre 2026. L’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), qui remplace le minimum vieillesse depuis 2005, sera également indexée sur l’inflation.
De 1 265 à 2 034 euros : neuf seuils de sous-indexation prévus
À partir de 1 265 euros de pension globale, le mécanisme se complexifie. Le PLFSS 2027 instaure neuf seuils à compter desquels le taux de revalorisation de la retraite de base pourrait diminuer. Ils sont fixés à 1 270 euros, 1 275 euros, 1 281 euros, 2 000 euros, 2 007 euros, 2 014 euros, 2 021 euros, 2 028 euros et, enfin, 2 034 euros par mois.
Avec le seuil initial de 1 265 euros, le dispositif comporte donc dix niveaux destinés à mettre en place une désindexation progressive des pensions de base. Un palier ne pourra pas bénéficier d’une revalorisation plus favorable que le palier qui le précède. En revanche, le projet de loi ne détermine pas les taux de sous-indexation par rapport à l’inflation de chacun des neuf niveaux.
Ces paramètres doivent être discutés lors de l'examen parlementaire, avant d’être officialisés par décret. Selon le niveau de désindexation retenu, certaines retraites de base pourraient être moins revalorisées que la hausse des prix, alors que d’autres pourraient être carrément gelées(revalorisation nulle). Une limite est néanmoins prévue : le dispositif ne doit pas entraîner de baisse nominale des pensions de base.
Deux leviers d’économies possibles
Cette architecture permet au gouvernement et au Parlement de faire varier l'effort demandé aux retraités sans modifier les seuils eux-mêmes. Car elle doit être mise en regard d’une autre mesure budgétaire concernant les retraités : la réduction de 4 439 euros à 3 000 euros du plafond de l’abattement fiscal de 10% des retraités.
Le gouvernement entend obtenir les 5,5 milliards d’euros d’économies grâce à ces deux leviers. Dans la version initiale du PLFSS 2027 et du projet de loi de finances (PLF) pour 2027, 4,1 milliards d’euros proviendraient de la moindre revalorisation des retraites de base et 1,4 milliard d’euros de l’abaissement du plafond de l’abattement fiscal.
Mais la répartition pourrait changer au cours des débats parlementaires. Une revalorisation intégrale de toutes les retraites de base pourrait conduire, dans le schéma présenté par le gouvernement, à accentuer l’effort fiscal demandé aux retraités. À l’inverse, le maintien du plafond actuel de l’abattement de 10% pourrait s’accompagner d’une sous-indexation plus forte des pensions de base.
Une désindexation « réversible »
Le PLFSS 2027 introduit enfin une particularité : la sous-indexation ne serait pas nécessairement définitive pour l’ensemble de l’année. Le texte autorise, en effet, le gouvernement à prendre un ou plusieurs décrets au cours de 2027 afin d’augmenter les taux de revalorisation initialement retenus, dans la limite de l’inflation. Le rattrapage pourrait alors s’appliquer rétroactivement aux retraites de base dues depuis le 1er janvier 2027.
L’exécutif parle de désindexation « réversible ». Une pension de base sous-indexée ou gelée en début d’année pourrait ainsi bénéficier quelques mois plus tard d’une revalorisation supplémentaire, sans qu’il soit nécessaire d’adopter une loi de financement rectificative de la Sécurité sociale.
Le calendrier politique de 2027 n’est pas étranger à cette disposition. La désindexation réversible doit permettre au gouvernement constitué après l’élection présidentielle de modifier rapidement le niveau de revalorisation des retraites de base.
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