« Phobie scolaire » : de quoi parle-t-on exactement ?
Tous les enfants qui rechignent à aller en classe ne souffrent évidemment pas de phobie scolaire. Une appréhension à la rentrée, un conflit avec un camarade ou le stress avant une évaluation peuvent entraîner ponctuellement l’envie de rester à la maison. Ce que l’on appelle couramment « phobie scolaire » ou « refus scolaire anxieux » correspond à une situation différente : la perspective de se rendre à l’école ou au collège provoque une anxiété importante, au point de rendre la fréquentation scolaire très difficile, voire impossible. Le terme « phobie scolaire » est largement utilisé dans le langage courant, mais il ne constitue pas à lui seul un diagnostic médical. Derrière ce refus peuvent se trouver des difficultés très différentes : trouble anxieux, anxiété de séparation, harcèlement, difficultés relationnelles ou scolaires, épisode dépressif…L’enjeu n’est donc pas tant de mettre immédiatement un nom sur ce qui arrive à son enfant que de repérer sa souffrance et d’en rechercher la cause.
Des signes qui apparaissent souvent… le matin
La difficulté peut être spectaculaire : l’enfant pleure, panique ou refuse catégoriquement de sortir de chez lui. Mais elle peut aussi s’installer plus discrètement. L’anxiété s’exprime parfois par le corps : maux de ventre ou de tête, nausées, sensation de malaise, troubles du sommeil… Ces symptômes ont souvent tendance à apparaître ou à s’intensifier à l’approche du départ pour le collège. D’autres changements doivent attirer l’attention : absences de plus en plus fréquentes, retards répétés, irritabilité, sommeil perturbé, repli sur soi ou abandon d’activités auparavant appréciées. Un signe isolé ne permet pas de conclure à une phobie scolaire. C’est leur répétition, leur intensité et leur retentissement sur la vie quotidienne et la scolarité qui doivent conduire à réagir.
Premier réflexe : essayer de comprendre ce qui fait peur
Face au refus, la tentation peut être grande d’entrer dans un bras de fer : « Tu dois aller en cours ». Pourtant, lorsqu’une anxiété importante est à l’œuvre, réduire le problème à un manque de volonté risque de fermer le dialogue. Essayez plutôt de préciser avec votre enfant à quel moment la difficulté apparaît. Est-ce le trajet ? L’entrée dans le collège ? La cour de récréation ? Une matière ? Le regard des autres ? La cantine ? La peur de quitter la maison ? Il ne saura pas nécessairement l’expliquer immédiatement. L’objectif n’est pas de lui faire subir un interrogatoire, mais de lui permettre progressivement de mettre des mots sur ce qui se passe.Soyez particulièrement attentif à l’éventualité d’un harcèlement. Insultes, humiliations, menaces, violences, mise à l’écart ou cyber-harcèlement doivent être signalés rapidement à l’établissement.
Ne pas attendre pour associer le collège
Lorsque les absences commencent à se répéter, mieux vaut ne pas laisser plusieurs semaines s’écouler avant de contacter l’établissement. Professeur principal et CPE peuvent apporter des éléments précieux : votre enfant s’isole-t-il ? Son comportement a-t-il changé ? Existe-t-il un conflit avec d’autres élèves ? Les difficultés apparaissent-elles à certains moments de la journée ou dans certaines matières ? L’infirmier scolaire et, si nécessaire, le médecin de l’Éducation nationale peuvent également être sollicités. L’objectif est double : mieux comprendre la situation et maintenir le lien avec l’établissement. Plus l’absence s’installe, plus le retour peut devenir difficile à envisager pour l’enfant.
Quand faut-il consulter ?
Si l’angoisse est forte, si les symptômes physiques se répètent ou si le refus d’aller en cours commence à s’installer, le médecin traitant ou le pédiatre constitue un bon premier interlocuteur.
Il pourra évaluer la situation et orienter si nécessaire vers un psychologue, un pédopsychiatre ou une autre structure adaptée. Pour une souffrance psychique légère à modérée, il est également possible de prendre directement rendez-vous avec un psychologue partenaire du dispositif Mon soutien psy, accessible aux enfants à partir de 3 ans. Le dispositif prévoit jusqu’à 12 séances par année civile. Chaque séance est facturée 50 euros. L’Assurance Maladie en rembourse 60 % et la complémentaire santé peut prendre en charge les 40 % restants selon la situation et le contrat. Certaines complémentaires proposent également leurs propres forfaits de psychologie : avant d’engager un suivi en dehors du dispositif, il peut donc être utile de vérifier ses garanties. En revanche, Mon soutien psy n’est pas adapté aux situations nécessitant d’emblée une prise en charge spécialisée, notamment en cas de trouble sévère, de retrait majeur ou de risque suicidaire. Dans ces situations, un avis médical rapide est nécessaire.
Faut-il forcer son enfant à retourner en cours ?
C’est probablement l’une des questions les plus difficiles pour les parents. D’un côté, laisser l’enfant rester systématiquement à la maison peut contribuer à installer l’évitement. De l’autre, un retour imposé sans tenir compte de son niveau d’angoisse ne règle pas ce qui provoque le refus. Il n’existe donc pas de recette valable pour tous. Lorsque le refus scolaire est important, les modalités du retour gagnent à être réfléchies avec l’établissement et les professionnels qui suivent l’enfant. Selon la situation, une reprise progressive ou certains aménagements temporaires peuvent être envisagés. L’objectif reste de maintenir ou restaurer la scolarisation, sans ignorer la souffrance qui empêche momentanément l’enfant de fréquenter normalement le collège.
Et si l’absence se prolonge ?
Lorsque l’état de santé d’un élève l’empêche durablement de fréquenter normalement son établissement, des solutions existent pour préserver la continuité scolaire. L’Éducation nationale dispose notamment de l’Accompagnement pédagogique à domicile, à l’hôpital ou à l’école (Apadhe). Ce dispositif peut être mobilisé, sous certaines conditions, lorsque l’état de santé empêche totalement ou partiellement la fréquentation de l’établissement pendant plus de deux semaines, hors vacances scolaires.
Ce n’est évidemment pas une réponse aux premiers jours d’angoisse, mais un dispositif à connaître si les difficultés s’inscrivent dans la durée.
C’est également le moment de regarder précisément ses contrats d’assurance ou d’assistance. Selon les garanties souscrites, certaines prestations d’accompagnement peuvent être prévues en cas d’immobilisation ou d’interruption de la scolarité pour raison de santé. Elles ne sont pas systématiques : mieux vaut donc interroger son assureur sur les garanties réellement prévues par son contrat.
Source : Assurance maladie : troubles anxieux et troubles obsessionnels compulsifs chez l’enfant(TOC) ; Troubles anxieux et troubles obsessionnels compulsifs chez l’adolescent ; Fiche Assurance maladie : mon soutien psy