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Épargne 15 juin 2026

Le pouvoir d’achat en question

Il existe un écart entre le niveau de vie des Français et la perception qu’ils en ont, souligne un récent éclairage des services de Matignon qui essaie d’en trouver les raisons.

Le pouvoir d’achat des Français a-t-il réellement augmenté ces dernières années ? Cette question, la Direction de l’information légale et administrative (DILA) a tenté d’y répondre dans une note mise en ligne le 2 juin 2026. Ce service, placé sous l’autorité du premier ministre, fait le constat suivant : si les chiffres officiels indiquent une progression du pouvoir d’achat, une large partie de la population française a le sentiment inverse.

D’après les dernières données de l’Institut national de la statistique et des études économiques(Insee), le pouvoir d’achat - c’est-à-dire la quantité de biens et de services qu’un revenu permet d’acheter - des ménages a progressé de près de 13 % entre 2017 et 2024. Sur le papier, les Français disposent donc d’une capacité d’achat plus élevée qu’il y a sept ans.

Mais cette moyenne nationale ne suffit pas à traduire la réalité vécue par les ménages. Elle peut masquer des situations très différentes selon le niveau de revenu, la composition du foyer ou encore le poids des dépenses incontournables dans le budget.

Un indicateur jugé trop éloigné du quotidien des ménages

Pour mesurer chaque trimestre l’évolution du pouvoir d’achat, l’Insee s’appuie sur le revenu disponible brut (RDB). Cet indicateur additionne les revenus du travail (salaires, traitements des fonctionnaires, bénéfices des indépendants), les revenus financiers (intérêts annuels, plus-values, dividendes), les revenus fonciers (loyers) et les prestations sociales (pensions de retraite, allocations chômage, minima sociaux, allocations familiales…). Il en retranche ensuite les cotisations et contributions sociales (CSG, CRDS…), ainsi que les impôts (impôt sur le revenu, taxe foncière, taxe d’habitation sur les résidences secondaires, IFI).

Un rapport d’information présenté le 4 mai 2026 à la Commission des Finances de l’Assemblée nationale estime que cet outil statistique donne une vision trop globale. Les deux rapporteurs souhaiteraient que l’Insee mette davantage en avant le salaire net, plus directement lisible par les Français. Selon ces députés, cet indicateur correspondrait mieux à ce que les ménages perçoivent effectivement à la fin du mois.

Une médiane qui reflèterait mieux la réalité

Les parlementaires recommandent aussi de publier le RDB médian, en complément du RDB moyen. La différence est importante. Le revenu moyen peut être tiré vers le haut par les ménages les plus aisés, tandis que la médiane indique le niveau qui partage la population en deux parts égales : 50 % des ménages se situent au-dessus, 50 % en dessous.

Pour les rapporteurs, cette donnée permettrait de mieux comprendre l’évolution réelle du pouvoir d’achat de la majorité des Français. Elle éviterait qu’une progression globale masque les difficultés rencontrées par les foyers les plus modestes.

Cette réserve n’est pas théorique. En 2023, les 10 % des ménages les moins aisés ont vu leur niveau de vie reculer de 1 % en euros constants, c’est-à-dire une fois l’inflation prise en compte. Autrement dit, même lorsque le pouvoir d’achat moyen progresse, certains foyers peuvent bel et bien s’appauvrir.

Des dépenses contraintes plus lourdes pour les plus modestes

Le rapport insiste également sur la nécessité de mieux intégrer les dépenses contraintes dans l’analyse du pouvoir d’achat. Ces dernières regroupent le logement, l’alimentation, l’habillement, les transports, les factures (énergie, télécom, assurances…) ou encore les frais liés à la scolarité des enfants.

Leur poids varie fortement selon le niveau de revenu. En 2022, elles représentaient environ 77 % du revenu disponible des 10 % des ménages les plus modestes. À l’inverse, elles pesaient moins de 20 % du revenu disponible des 10 % des foyers les plus aisés. Cette différence explique en partie le décalage entre les statistiques nationales et le ressenti des Français. Une hausse de revenu n’a pas le même effet lorsqu’elle sert d’abord à couvrir le loyer, les factures, les courses et les déplacements obligatoires.

Autre biais : dans le RDB, l’Insee prend uniquement en compte les loyers. L’accession à la propriété n’est, en effet, pas considérée comme une dépense par l’institut de la statistique, mais comme un investissement. Or, les prix immobiliers ont fortement augmenté ces dernières années. D’une manière générale, le panier de dépenses de référence de l’Insee ne correspond pas toujours à la réalité. Enfin, le passage du franc à l’euro semble avoir accru l’importance des petites dépenses du quotidien aux yeux des Français, donnant l’impression que la vie est plus chère.

Sources : Cliquez-ici Cliquez-ici

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